Remise des prix du concours « Défense et illustration de la langue française »

Le concours « Défense et illustration de la langue française » est organisé par l’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques (AMOPA 21), en lien avec le Département de la Côte-d’Or. Il s’adresse aux élèves des écoles élémentaires jusqu’aux étudiants d’université, et en particulier aux collégiens.

Il se décompose de différents prix :

  • Prix d’expression écrite de la langue française
  • Prix de la jeune poésie
  • Prix Maupassant de la jeune nouvelle

L’édition 2019 compte 23 lauréats en Côte-d’Or. Ceux-ci ont été reçus dans la salle des Séances du Conseil Départemental à Dijon, le 12 juin lors d’une cérémonie de remise de prix.

Palmarès

Trois élèves ont vu leur travail primé par le jury départemental qui a transmis leurs textes au jury national :

  • Youssef Zaimi, classe de 3e, collège Bachelard à Dijon : 1er Prix d’expression écrite de la langue française
  • Jeanne Morfaux, classe de 6e, collège Champ Lumière à Selongey : 1er Prix de poésies
  • Arthur Le Bian, classe 5e, collège Paul Fort à Is-sur-Tille : 1er Prix de poésies


Expression écrite de la langue française, catégorie collèges

Sujet : Devant une carte du monde, vous lisez des noms dont certains vous font rêver. Comment imaginez-vous ces lieux et la vie de ceux qui les habitent ?

Texte de Youssef ZAIMI, 1er Prix départemental. Classe de 3e

Collège Gaston Bachelard. Dijon
Enseignante : Mme Yème

La carte

Je rêvassais encore lorsque retentit le bruit strident des sirènes militaires qui berçait, depuis maintenant près de trente-quatre mois, la petite ville d’Alepa. En ces temps de guerre, le sommeil était rare, et ce, même dans les régions voisines ; j’aurais préféré, et de loin, ne pas émerger de mon sommeil. Le cœur serré de peur, j’entrepris, tant bien que mal, de sortir du minuscule abri de fortune que je partageais avec quelques autres rescapés des bombardements de jeudi. Au loin, des tirs de balles venaient se noyer dans le gémissement silencieux d’un peuple mutilé. Lorsque je fus à l’extérieur du baraquement, je compris très vite que je devrais renoncer à l’espoir de me procurer de l’eau potable et encore moins de quoi apaiser ma faim. Il faut dire que les bombardements de jeudi, en ciblant les deux derniers hôpitaux de la ville, avaient achevé d’anéantir le peu d’humanité et d’espoir qu’il restait à Alepa.

Il flottait dans l’air, en cette fin de soirée d’été, cet indescriptible sentiment de chagrin et de colère, d’amertume et de souffrance : celui d’une ville, de tout un peuple. Cette voix plaintive, inaudible, inarticulée, je l’entends, la vois et la ressens. Mais je dois fuir. Je me rappelai, alors, la voix de mon père qui avait pour habitude de me confier ce dicton : « Achouk, ne baisse jamais les bras ! »

Mon père, Dorede, était, de son vivant, un commerçant. Il avait la chance de parcourir le monde, de voyager parmi les plus grandes villes du monde. Il n’oubliait jamais de me ramener un petit souvenir. Le dernier cadeau du père fut un petit porte-clés de la Tour Eiffel. A son retour, il décrivait ses abondantes aventures. C’était un homme bon. Malheureusement, il mourut en même temps que son épouse, ma mère, au début de cette guerre sanglante. Un obus s’était abattu dans le quartier nord de la ville où le logis familial demeurait. Je fus le seul survivant. Cette guerre détruisait, absolument tout. Il ne restait rien après les innombrables bombardements. Pourtant, il fut un temps où Alepa attirait de nombreux savants, des commerçants… Les gens venaient du monde entier pour visiter Alepa.

Alors que je m’apprêtais à sortir, un objet noir attira mon attention. Il jonchait le sol aux côtés de vieux restes de repas et de cartouches. Il s’agissait d’une petite poche en cuir noir que j’avais trouvée la veille dans une vieille ruine de maison. Dans l’obscurité, mais surtout assommé par la fatigue et pressé d’aller me coucher, je n’y avais que très peu prêté attention. Je me penchai et la saisis mais la fis tomber par mégarde. Je la ramassai puis m’assis sur le sol. Je l’ouvris.

Il y avait là, un stylo plume d’une beauté incomparable qui dénotait avec la laideur de ma demeure : son noir de jais était orné d’étranges inscriptions dorées ; une feuille pliée, légèrement jaunâtre, l’accompagnait. Je sortis cette feuille et entrepris de la déplier : c’était une somptueuse carte du monde. Elle était sublime. On eût dit qu’elle avait été dessinée à l’aide du stylo l’accompagnant. Des motifs orientaux dorés ornant les bords de cette carte contrastaient du reste de cette dernière. On pouvait, par ailleurs, lire des inscriptions méticuleusement placées sur les pays du planisphère. Subjugué par la beauté de cette carte, je m’abandonnai à la rêverie alors que les bruits assourdissants des mitraillettes fendant l’air berçaient la ville. Mon père m’avait parlé de certains pays comme l’Inde où les vaches étaient sacrées ou encore comme le Canada où il avait vendu toute sa cargaison en seulement deux jours. J’observai attentivement la carte. Je dirigeai mes yeux vers l’Inde et soudain, un autre univers naquit. Une immense jungle où il y avait des arbres, des lianes ainsi que des dizaines d’espèces animales s’étendaient à perte de vue. Au loin, l’on pouvait apercevoir une cascade qui débouchait sur un lac où deux éléphants se baignaient. J’étais dans un petit hameau composé d’une petite dizaine de cabanes positionnées en cercle autour d’une petite place. Quelques enfants y jouaient. Les villageois y organisaient un festin toutes les semaines. Ils y servaient des dizaines de mets en l’honneur des bétails sacrés.

Le son d’une balle, au loin, retentit me retirant de ce rêve. Je décidai de changer de pays. Mes yeux se dirigèrent automatiquement vers la France (je serrai, alors, le petit porte-clés de la Tour Eiffel contre mon cœur). En comparaison avec les paysages naturels et verts de l’Inde, la France fut à mon regard un monde surprenant. Au lieu des innombrables variétés d’arbres, il y avait des centaines d’immeubles d’habitation, de travail, d’administration, arborant chacun un style unique comprenant divers motifs et couleurs. Derrière ces bâtiments, la belle dame de fer surveillait cette ville voire ce pays, du haut de sa longueur. La population était dense et tout le monde portait des habits de couleurs sombres. Quand je m’apprêtais à sortir de ce rêve afin de découvrir d’autres pays, je vis un jeune garçon qui, contrairement à moi, était tout seul dans la rue et mendiait. En dépit de ma propre situation, je ne pus retenir une larme avant de me diriger vers un pays qui m’était inconnu mais dont le nom m’intriguait ; le Myanmar.

Je ne le connaissais pas et n’en n’avais jamais entendu parler. De par sa proximité avec l’Inde, je me dis que le climat chaud et tropical devait être le même mais que la disposition des terres étaient différentes, il y avait bien une partie que l’on aurait pu dire métropolitaine mais je me concentrai sur les innombrables îles qui longeaient ce territoire. Elles étaient petites et reliées seulement par la mer. Celle-ci était accablée par les multiples bateaux de pêche, de croisière… D’ailleurs, je me voyais tenir un petit bateau de pêche et partir à l’aventure dans le but de découvrir un monde parfait où la guerre n’existerait pas.

Ce désir qui m’animait fut, malheureusement, aussitôt interrompu par un soudain courant d’air qui fit entrer du sable dans le taudis. Je me levai, saisis de la main une balayette et entrepris de faire sortir ce sable. Lorsque j’eus fini, je m’assis à nouveau, à la quête d’un nouveau pays, ce qui, heureusement, ne manquait pas. Je décidai de changer d’horizon… Pourquoi pas le Canada ? J’étais seul dans une forêt enneigée. Elle était splendide avec ses conifères interminables dont les cimes touchaient le ciel. L’air y était d’une pureté impressionnante. Une ourse et son ourson déambulaient, sûrement en quête d’une proie. J’étais assis dans une chaise à bascule et j’observais, de là où j’étais, les magnifiques paysages de ce pays dont le nom ressemblait étrangement à « canard ». Non loin de là, à la limite d’un lac splendide, un village gisait. Les habitants, d’une gentillesse incomparable et dont la culture m’épatait, parlaient à la fois le français et l’anglais couramment.

La nuit tombait déjà et la lumière qui émanait du soleil et qui éclairait la carte faiblissait lentement. Je me relevai, puis me rendis compte que j’avais passé un temps considérable à observer cette carte sans me soucier ni de la faim, ni de la soif. Je rangeai celle-ci avec le stylo dans leur belle pochette noire puis posai délicatement cette même pochette à côté de mon oreiller sale et poussiéreux. J’entendis une dernière balle avant de m’asseoir sur mon vieux matelas, puis de m’allonger. Enfin, je m’assoupis, le dernier cadeau de mon père à la main.

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